Anonymous

Publié le par Hérodonte

http://images.allocine.fr/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/82/68/45/19732060.jpg

Mon avis
:

La "marque" Roland Emmerich est souvent liée à des films catastrophes ou encore à des projets qui cherchent sans cesse à plagier l'oeuvre de Spielberg sans jamais en comprendre les codes comme par exemple Godzilla, tentative foireuse de faire un Jurassic Park encore plus fort et plus beau. Quelle fut ma surprise d'apprendre, il y a quelques mois, que le réalisateur allemand allait tourner un film sur Shakespeare et avec seulement 30 millions de dollars de budget... Après un 2012 moralement nauséabond et atteignant des sommets de médiocrité, Anonymous marque un retour respectable de Roland Emmerich dans les salles noires.
Dans une Angleterre du 16ème et début du 17ème siècle, on nous conte une des théories sur le célèbre dramaturge qu'est William Shakespeare. Ce ne serait pas lui l'auteur de toutes ces pièces et poésies mais un certain comte d'Oxford, Edouard de Vere. Pendant près de 2h20, l'Histoire et les jeux de pouvoir de la Cour royale cohabitent avec l'imposture possible de Shakespeare.

   Le réalisateur mélange l'ensemble allégrement qui donne parfois un résultat un peu brouillon. Le film ne cesse les allers et retours entre le passé et le présent pour expliquer les motivations des personnages et oubliant ainsi en route Shakespeare sur lequel il pose uniquement un regard moqueur et dont l'approfondissement ne viendra jamais. Emmerich préfère s'attarder sur le Comte d'Oxford (Rhys Ifans), un homme écrivain mais dont la condition ne lui permet pas de mettre en scène ses pièces. Il passe par l'intermédiaire de Shakespeare qui n'est alors qu'un simple acteur.
A travers ses pièces, Edouard de Vere parle de son passé, de ses désillusions amoureuses et des jeux de pouvoir déjà en place pendant ses jeunes années. Il remarque que le peuple complétement subjugué par ses œuvres est manipulable. Et c'est là que le bât blesse dans Anonymous. Le cinéaste nous dit, de façon grossière et inintèressante, que l'art est politique et qu'il permet aux opprimés (le peuple anglais) de s'émanciper du joug d'un oppresseur (les Cecil veulent le pouvoir et manipulent la reine Elisabeth) mais de l'autre côté, tout comme l’oppresseur, il (Edouard de Vere) manipule la foule (le spectateur) pour arriver à servir ses propres desseins. C'est paradoxale.

   Dans cette course au pouvoir, on nous présente l'Angleterre des siècles derniers et le bonhomme "Universal Soldier" nous impressionne avec l'esthétique générale du film. Très sombre (il reprend la méthode Kubrick sur Barry Lyndon. Les scènes d'intérieurs sont uniquement éclairées à la bougie), plutôt travaillée même si parfois elle montre des faiblesses dans les scènes d'extérieurs où il y a énormément de brouillards pour masquer la petitesse du budget qui ne permet pas de reproduire entièrement la ville de Londres.
Quant au respect de l'Angleterre "historique" qui nous est présenté je ne peux en juger, je ne suis pas assez calé sur son Histoire. Malgré tout, certains costumes me paraissent sur-stylisés même pour l'époque.

   Cependant, Emmerich revient vite à ses premiers amours et ne peut se passer de mettre de l'action, de la grandeur là où on devrait rester dans l'intime, la sobriété (et il se débrouille correctement dans ce domaine pendant tout le film). Il n'arrive pas à s'empêcher de mettre une petite scène d'action, filmée platement, comme pour nous dire " Hé ! Je veux votre respect mais je reste le même !". Il n'arrive pas non plus à s'empêcher de mettre des plans aériens inutiles pour impressionner son auditoire. Mais il faut reconnaître qu'il a su effacé ses défauts et c'est déjà pas mal.
Un autre défaut, et non des moindres, est le scénario. Comme je le disais plus haut, il y a d'incessants retours dans le passé, ce qui rend confus la compréhension globale du film. C'est un problème important car le scénario repose sur ce qu'on appelle le twist. L'impact de ce fameux twist se retrouve amoindri à cause d'une histoire alambiquée où le spectateur peut se perdre.

Anonymous vient d'un réalisateur en manque de reconnaissance et qui cherche à changer son image. Si le résultat reste plutôt faible mais honorable, on regrette le traitement faiblard du mythe qui entoure Shakespeare. On regrettera également un traitement politique grossier que nous impose Emmerich depuis au moins Le Jour d'Après. Mais il faut avouer que cet Anonyme augure peut-être du bon pour la suite...

http://images.allocine.fr/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/82/68/45/19863818.jpg

3 e¦ütoiles

Publié dans Critiques

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

selenie 10/01/2012 18:53

Roland Emmerich surprend avec un drame que n'aurait sans doute pas détesté Shakespeare lui-même. Rhys Ifans est très bon. L'étonnante surprise de ce début 2012... 3/4