Time Out

Publié le par Hérodonte

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Mon avis
:

Réalisateur peu prolifique, seulement 4 films en 14 ans, Andrew Niccol est pourtant considéré comme un petit génie grâce à ses "scénarios-concepts". On lui doit le scénario de The Truman Show, l'histoire de Truman Burbank enfermé à son insu depuis sa naissance dans un monde artificiel pour un programme de télé-réalité, réalisé par Peter Weir en 1997. Cependant, il ne laisse pas toujours aux autres le soin de mettre en scène ce qu'il écrit. Il réalise un magnifique film d'anticipation en 1998, Bienvenue à Gattaca, sur une société où l'eugénisme est pratiqué grâce à une technologie avancée. Il revient seulement en 2002 et 2006 pour S1mone et Lord Of War, comédie satirique sur le monde hollywoodien/sa relation au numérique et l'histoire du trafiquant d'armes Youri Orlov, avec des résultats plus mitigés par rapport à Gattaca. Malgré tout, il possède toujours son aura et c'est donc avec curiosité qu'on attend la sortie de Time Out.
Time Out ( In Time, titre original...), autre film-concept, où l'Homme ne vieillit plus après 25 ans mais où celui-ci, après cette date, doit "gagner du temps" pour rester en vie. Le temps est devenu l'argent, la monnaie dans le nouvel univers futuriste d'Andrew Niccol. On paye tout avec le temps que l'on reçoit après le travail. Les communications, les courses, les transports publics... Évidemment, les riches ont la vie éternelle, accumulant les années par dizaine, et les pauvres doivent courir pour grappiller quelques heures de plus dans le but de vivre. Après différentes péripéties, Will Salas (un Justin Timberlake épatant) tente de détruire ce système inégalitaire...

   Dans sa première heure, le film est génial. Le réalisateur pose avec intelligence les bases d'une société en crise où les prix augmentent, les salaires baissent, les pauvres doivent être performants pour espérer avoir plus de temps. Une société où l'on aide pas son prochain car l'argent c'est le temps. Il faut donc toujours courir, ne jamais s'arrêter. La jeunesse et la promesse d'une vie éternelle demandent de lourds sacrifices.
Des idées, on en retrouve aussi dans l'esthétisme de Time Out. Il y a une dichotomie frappante entre les quartiers populaires et les quartiers bourgeois. Dans les quartiers populaires, il y a un style plutôt épuré, avec des peintures murales rarement finies comme si on n'avait pas eu le temps de les finir. Et dans les quartiers bourgeois, c'est beaucoup plus baroque avec de nombreux grattes-ciels, des maisons ostentatoires.
Toutes ces petites idées apportent une âme et surtout une crédibilité à la société imaginée par Andrew Niccol.

   Et puis, il y a l'élément déclencheur qui amènera Will Salas à se rebeller. Cette scène qui marquera le commencement de la rébellion dégage une force, une tristesse poignante comme on en voit rarement au cinéma. C'est d'un lyrisme absolu. Le cinéaste n'en rajoute pas, n'étire pas  la scène et la musique de Craig Armstrong s'accorde avec les images. C'est parfait.
Malheureusement, ça se gâte un peu par la suite quand on bascule dans le versant thriller/action. C'est déjà beaucoup moins intéressant même si c'est maîtrisé. C'est moins intéressant parce que le réalisateur vulgarise son propos sur la lutte des classes, sur les banques, le capitalisme inhumain et rend cette partie de son sujet peu pertinente malgré le parallèle que nous pouvons faire avec notre propre société. Cependant,  le côté Robin des Bois du futur ou encore Bonnie and Clyde est efficace. On ne s'ennuie jamais. De plus, cette course contre la montre est en adéquation avec LE thème du film; le temps. Comme le dit si bien The Screen Addict dans sa critique.

   Pourtant, même dans cette rapidité d'exécution, on parvient à dessiner aisément les messages. Finalement, personne ne sait vivre dans le film. Les pauvres ne peuvent se le permettre et vivent dans la peur permanente de mourir. Les riches, souvent blasés, vivent dans la peur de ne pas assez fructifier le temps. Will Salas mettra un coup de pied à cette vision en mettant sans cesse sa vie en jeu ( la partie de poker, le bras de fer). C'est un message fort puisque personne ne profite réellement de son existence. Nous sommes toujours en conflit avec des choses parfois inutiles.
On parvient également à dessiner des personnages obscures comme Raymond Leon (Cillian Murphy) où on nous donne seulement des petits détails pour les comprendre. Dans ce sens-là, le personnage de Garde-Temps est incroyable. On comprend petit-à-petit qu'il n'est pas comme les autres. C'est un tour de force que la construction de ce Raymond Leon.


Time Out est un bon film de science-fiction qui s'essouffle tout de même, à la manière de S1mone, à l'heure passée. Andrew Niccol peine  à maintenir son idée de départ. Mais ça reste toujours prenant, bien réalisé et tout simplement divertissant avec des messages qui donnent à réfléchir.

TimeOut

3 e¦ütoiles et demi

Publié dans Critiques

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Commenter cet article

Magusneri 04/12/2011 01:12

Ah ! ça fait plaisir de lire un avis positif sur ce film de SF sous-estimé :) pas de souci pour la citation !

Hérodonte 05/12/2011 10:28



Je trouve vraiment étrange les avis négatifs qu'on entend ici et là. C'est loin d'être parfait mais ça mérite d'être vu.