Drive

Mon avis :
Nicolas Winding Refn fait partie de ces réalisateurs avec lesquels on ne sait jamais comment les prendre. Auteur de la trilogie légèrement surestimé, Pusher, et de films ambitieux comme Bronson ou encore Valhalla Rising, il arrive en ce début mois d'octobre triste avec Drive ( auréolé du Prix de la Mise en Scène au dernier Festival de Cannes). C'est donc avec une énorme attente, teinté d'une légère crainte ( Bronson se perdait dans des délires théoriques), que je me retrouve devant le sixième film de ce jeune réalisateur (41 ans).
Premières images. Séquence d'introduction. Course-poursuite jouant magnifiquement avec nos attentes, d'une beauté visuelle et sonore en ajoutant, grâce à un montage intelligent, la description de notre héros. Un héros taciturne, stoîque. La suite est du même tonneau. Ici, il n'y a que les actes qui comptent. Pas de grandes phrases pour définir un personnage, seulement les gestes, les regards, les sourires...
On assiste alors à cette violence contenue qui tend, petit à petit, à éclater la bulle dans lequel "le Driver" ( Ryan Gosling, véritable bloc de virilité) se trouve. Comme dans la plupart des films de Refn, cette violence, rage finit toujours par exploser et procure aux spectateurs des moments intenses de cinéma. L'exemple de la scène du cabaret me semble assez juste. Le héros, ravagé par les émotions, essaye tellement de se maîtriser qu'il en transpire et que ses membres se tendent à l'extrême parcourant ainsi le corps entier de tremblements. Certes, l'explosion de violence n'arrive pas encore mais elle montre déjà des fissures. Plus tard, dans la scène magnifique de l'ascenseur, cette explosion vient. Alliance d'émotions ( Amour et Haine) en quelques secondes qui font basculer Ryan Gosling dans la folie. Remarquable dans son exécution et dans sa conclusion.
Ce qu'on remarque également dans le cinéma de Refn, c'est le désespoir qui entoure son personnage principal. Un déséspoir qui le met au pied du mur et dont il sait qu'il n'arrivera pas à s'en sortir ( la parabole de la Grenouille et du Scorpion). Le personnage prend alors avec cynisme, insolence l'arrivée de sa "mort". La séquence du restaurant en est le parfait exemple avec ce sourire du Driver. Le sourire d'un résigné... D'ailleurs, le montage accentue cette soudaine brutalité malgré qu'elle soit attendu.
Si la mise en scène est sublime, inspirée, maniériste comme on peut l'aimer. Si Drive magnifie visuellement les rues de Los Angeles, cette épopée violente. Si la B.O 80's contribue à ce capital sympathie énorme. On n'est tout de même déçu de remarquer à la longue que ceci n'est surement, uniquement, qu'un exercice de style. Un exercice de style brillamment réussi mais qui tourne en rond et qui écrase son fond.
Un des autres soucis est que ce polar est plombé par ses inspirations dont on ne se démarque pas vraiment pendant la séance. On ne cesse de penser à Michael Mann ( Le Solitaire, Heat, Collatéral), Walton Hil ( The Driver) ou encore Melville (Le Samouraï ) et j'en oublie. Il semble alors lui manquer sa propre personnalité, nécessaire pour faire une oeuvre culte.
Cependant, ne vous y trompez pas, cette histoire de cow-boy solitaire vengeur reste un des meilleurs films de cette année 2011. On regrettera seulement un manque de profondeur et son hyper-stylisation parfois gênante.

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