Les Immortels

Mon avis :
"Aaaaaaah !" voilà le cri de jouissance d'un cinéphile bourrin que j'aurais dû pousser à la fin de la séance de Les Immortels* de Tarsem Singh (The Cell, The Fall). Ce ne fut qu'un petit "mouais" perdu dans les reniflements d'un automne mourrant. Tarsem Singh, un inconnu pour moi, m'a tué un vendredi 25 novembre 2011.
L'histoire, puisqu'il faut en parler, est celle de Thésée, homme au coeur pur, qui tente d'empêcher le roi Hypérion de libérer les Titans sur le monde mais également sur l'Olympe car Hypérion veut se venger des dieux à la suite de la mort de sa femme et de ses fils emportés par une affreuse maladie... Ne cherchez pas une ressemblance avec la légende de Thésée et du Minotaure puisque Les Immortels est un mélange de plusieurs mythes grec. Après tout, pourquoi pas. Mais ça ne fonctionne pas.
Pourtant, la bande-annonce laissait présager d'un film à la 300 ( ce sont les producteurs de 300 qui sont à l'origine du projet). Bourrin et sans complexe, sur-stylisation visuelle, violence exacerbée, des combats de folie, du sexe, mythologie grecque... Enfin bref, un programme régressif.
Et les premières minutes mettent dans le ton, des plans mystérieux sur un cube où se trouvent à l'intérieur d'étranges personnes. Hypérion arrive et semble les libérer avec l'arc d’Épire sous fond d'une musique bien stressante. On est dedans... Pour en ressortir assez vite. Retour en arrière pour voir les évènements qui mènent à cette action. Et c'est là que va commencer le calvaire.
Tout d'abord, c'est un calvaire quand on voit la prestation des acteurs dont Henry Cavill ( Thésée) cherchant vainement à haranguer les foules pour la bataille. C'est ridicule. Au moins, le roi Léonidas ( Gérard Butler) dans 300 était crédible dans son rôle de "gueuleur" et de guerrier. On ne croit pas du tout à Stephen Dorff en voleur-guerrier et la fausse barbe de Mickey Rourke ( Hypérion) n'aide pas non plus à l'immersion dans cet univers mythologique. Néanmoins, c'est peut-être celui qui s'en sort le mieux, malgré son cabotinage, grâce à un charisme immense surtout face à un Henry Cavill ultra-fade ( l'acteur parfait pour être Superman). Et ce manque de crédibilité se sent dans les combats.
Des combats foireux, pas toujours lisibles, très courts, disséminés un peu partout dans le film dans l'espoir de réveiller le spectateur qui ne comprend toujours pas pourquoi Thésée est si fort puisqu'il ne dégage absolument rien. Les Immortels remplit à peine son cahier des charges de l'action. Mais je ne suis pas une mauvaise langue puisque pour être franc à la dernière, et seul, grosse bataille du film, le souffle épique se fait enfin sentir. Avec l'aide du compositeur Trevor Morris qui balance une musique pompiériste mais efficace. Une déception, de plus, est à noter quant à l'arrivée des dieux sur Terre. On se dit que ça va envoyer du lourd, il va y avoir de la destruction comme on en rêve... Et bien non, ils sont présentés vulgairement comme de "simples guerriers" avec seulement un peu plus de force et de rapidité. C'est un comble surtout pour le roi des dieux, Zeus.
Et ça m'amène alors à parler du scénario, malheureusement. Le gros gros gros point faible du long-métrage de Monsieur Tarsem.
Premièrement, la construction du récit est plutôt étrange. C'est faussement alambiqué détruisant ainsi la moindre tension dramatique. Les facilités sont nombreuses. La découverte de l'arc légendaire m'a laissé sur le cul... Les incohérences sont légions. Le comportement de Zeus ( Luke Evans) est incompréhensible ( " Je laisse le libre-arbitre aux hommes mais comme c'est le bordel, je vais quand même faire le ménage et seulement à la fin. J'aurais pu éviter tout ça mais non."). Thésée qui se met soudainement à croire aux dieux... Stupéfiant. Et les défauts ne s'arrêtent pas là.
L'idéologie est lourdingue de chez lourdingue. Le scénario martèle sans cesse tout le long des deux heures qu'il faut croire en Dieu, qu'il faut avoir la foi sinon il va vous arriver des malheurs...
La simplicité est d'ordre pour le genre de la mythologie grecque où l'allégorie parle d'elle-même mais les scénaristes, les frères Parlapanides, ne l'ont pas compris.
Un des derniers soucis est l'aspect visuel. Dans l'ensemble, c'est plutôt laid. les décors sont redondants et sans la moindre imagination. Les effets spéciaux oscillent entre l'honorable et le mauvais ( la scène de la vague...). On a la sensation que tout cette partie est bâclée.
Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin, les costumes sont à un niveau de kitschissime rarement égalé. On a l'impression qu'ils viennent d'un carnaval de la Gay Pride ( tout le film peut être vu sous une analyse crypto-gay) ou encore d'un dessin animé du genre Les Chevaliers du Zodiaque. C'est ridicule. les rires dans la salle me confortent dans ma vision.
Malgré tout, il y a quelques belles images à "l'effet picturale", référence à des peintures de la Renaissance, notamment "la bataille dans le ciel" à la toute fin. Personnellement, elle me fait surtout penser à la voûte de l’Église Saint-Ignace-de-Loyola de Rome.
Si vous êtes un amateur de 300 ou d'un film bourrin no-brain, passez votre chemin. Les Immortels ne vous combleront pas. Et si vous êtes un amateur de bons films, passez également votre chemin.

* Film vu en 2D